Les Etats Généraux de la Femme ELLE
mai 31, 2010 | Posted by isabelle in Carrière et entreprise | No Comments »En 1970, le magazine ELLE tenait les premiers « Etats généraux de la femme ». En 2010, ELLE réédite l’expérience et fait la tournée des régions françaises pour examiner la condition des femmes d’aujourd’hui au travers de leurs témoignages.
Un sondage Elle-Ifop avait été réalisé au préalable pour mieux appréhender les difficultés des femmes de nos jours. Pour 88% des femmes interrogées, il était très difficile de « concilier vie professionnelle et vie personnelle ».
Les principales difficultés que rencontrent ces femmes pour arriver à concilier leur vie professionnelle et enfants sont :
- Les difficultés d’organisation liées à la garde des enfants
- Le manque de compréhension des chefs d’entreprise à l’égard des femmes qui ont des enfants
- L’absence de partage réel des tâches dans le couple ect…
Et les solutions énoncées sont de :
- Faciliter l’aménagement des horaires de travail
- Développer le télétravail ou l’entrepreneuriat à domicile
- Sensibiliser les hommes au partage des tâches ect…
Pour plus d’infos, cliquez sur le lien du sondage Elle Ifop
Un livre blanc a été réalisé à la suite de cette enquête, enrichi des propositions de chercheuses et de femmes cadres d’entreprise. Il s’adresse aux pouvoirs publics et aux entreprises.
Nous trouvions intéressant de publier sur le blog des Fées les propositions concernant la gestion de sa carrière et de ses enfants:
Le partage social convenu entre la vie publique, acquise aux hommes, et la vie privée, dévolue aux femmes, entraîne depuis deux siècles des inégalités criantes, notamment en termes de carrière et de répartition des tâches familiales ; la situation devient encore plus complexe avec la présence d’enfants dans le foyer. Des mesures sont indispensables pour favoriser la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale.
1. Pour le développement des modes de garde des jeunes enfants
En Suède, depuis 1995, les communes ont l’obligation de proposer aux enfants de 1 à 6 ans une place en crèche ou en garderie. L’offre de modes de garde diversifiés et adaptés aux choix des familles, de préférence publics et collectifs, permettent de ne pas pénaliser les femmes sur le marché du travail ; ilspermettent en outre de lutter contre les inégalités sociales.
Nous demandons :
- que 500 000 places en crèches collectives publiques supplémentaires soient créées à l’horizon 2017 ;
- que toutes les entreprises publiques et privées qui ne le font pas déjà consacrent 0,5% de leur masse salariale à l’aide à la parentalité : directement (crèche d’entreprise, chèque emploi-service pour garde d’enfant à domicile, aide à la garde d’enfant d’urgence pour enfants malades, prise en charge de la garde des enfants le mercredi et pendant les vacances scolaires…) ou indirectement (financement transféré à la commune) ;
- que les horaires d’ouverture de certaines crèches soient étendus, jusqu’à 7 jours sur 7 et 24h sur 24.
2. Pour un congé parental vraiment rémunéré et partagé entre les parents
La Suède a également instauré un congé parental avec une allocation d’un montant élevé proportionnel au salaire (et non bas et forfaitaire comme en France). Sur ce modèle, nous proposons d’instituer un congé parental rémunéré à 80% du salaire antérieur brut. Si un seul parent a recours à ce congé, il est limité à six mois. Pour favoriser l’implication des pères dans les premiers mois de la vie des enfants, il est porté à un an s’il est pris par la mère et le père alternativement. Dans ce cas, un des deux parents devra prendre au moins 20% de ce congé.
Alternativement, et selon le même schéma, nous proposons d’ouvrir aux parents la possibilité de se mettre à temps partiel (mi-temps au minimum) en étant rémunérés à 100% durant la première année de l’enfant.
3. Pour une égalité de rémunération effective entre les femmes et les hommes
Depuis 2006, l’inégalité salariale entre les sexes est un délit et pourtant les inégalités subsistent. Nous demandons que les entreprises et les administrations publient chaque année dans leur rapport annuel la comparaison du salaire médian des femmes avec le salaire médian des hommes fonction par fonction. Lorsque des écarts subsistent, l’institution devra élaborer un plan d’action pour apprécier les origines de ces différences et prendre des mesures correctrices adaptées, car ces mesures existent souvent mais ne sont pas appliquées.
Un indice standardisé des inégalités salariales entre les femmes et les hommes permettrait d’assurer des comparaisons inter-entreprises et de mettre en avant les bonnes (et les mauvaises) pratiques.
4. Pour une organisation individualisée du temps de travail privilégiant la productivité sur la présence effective
Nous proposons d’interdire les réunions débutant avant 9h et après 17h au sein des administrations, grandes entreprises, universités, laboratoires etc…
Nous préconisons également l’extension du recours au télétravail choisi sous réserve d’un encadrement strict par le droit du travail.
5. Pour ne pas pénaliser les femmes dans leur carrière en raison de leur maternité
Les salaires des femmes décrochent notamment lors des congés de maternité. Pour enrayer ce décrochage, nous demandons une évaluation systématique de leurs objectifs professionnels et de leurs salaires en comité de rémunération avant et après leur départ en congé maternité.
Nous demandons aussi que l’âge des hauts potentiels au sein de l’entreprise soit repoussé de 35 à 40 ans pour tenir compte du temps consacré aux grossesses.
6. Pour la déprécarisation du temps partiel subi
Plus de 30% des femmes travaillent à temps partiel, qu’elles l’aient choisi (pour celles qui réduisent leur temps de travail, par exemple le mercredi) ou « subi » (1 million de femmes). Pour déprécariser le temps partiel des femmes, nous demandons à ce qu’un cadre législatif impose une majoration du taux horaire salarial quand les horaires sont imprévisibles et morcelés. L’objectif est de dissuader les employeurs d’avoir recours à ce type de contrats et d’assurer en outre aux salarié-e-s concerné-e-s des revenus plus décents. Comme le préconise le rapport Grésy*, nous pensons aussi que les salarié-e-s qui travaillent à temps partiel et les familles monoparentales puissent bénéficier d’heures supplémentaires majorées (nombre d’heures allant jusqu’à 50% de la durée de leur contrat de travail, et non 33% comme prévu aujourd’hui par le code du travail).
* Rapport préparatoire à la concertation avec les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, Établi par Brigitte GRESY, membre de l’Inspection générale des affaires sociales, juillet 2009
7. Pour développer une politique de quotas dans les comités de direction et autres lieux de prise de décision
Nous proposons un quota de 50% de femmes dans les conseils d’administration (à la place des 40% préconisés par la proposition de loi). Mais une telle mesure est symbolique et ne concernera qu’un tout petit nombre de femmes. C’est pourquoi nous proposons l’instauration d’un quota de 50%, à atteindre progressivement, pour les comités de direction des entreprises et autres lieux de décision, afin de permettre la généralisation de la promotion des femmes à des postes de responsabilités.
8. Pour un leadership au féminin
Sur les 30 000 cadres dirigeants des 5000 plus grandes sociétés du pays, on ne compte que 11% de femmes alors même que les femmes constituent 41% de la population des cadres. Pour accéder à des postes de responsabilités, les femmes souffrent aujourd’hui de l’absence ou la faiblesse des réseaux professionnels qui interviennent dans la cooptation à des postes des responsabilités et la difficulté – liée à l’éducation des filles – à afficher leur ambition et à se projeter dans des positions de pouvoir. Pour contrecarrer ces handicaps, nous demandons que dans le cadre des services de ressources humaines, soient systématiquement mis en place des programmes d’accompagnement personnalisés pour les femmes. Ces programmes sont nécessaires à la prise de confiance en soi, à l’établissement d’un jugement approprié sur ses capacités personnelles, à la démystification des efforts à fournir ou des qualités pré-requises. Nous demandons également la féminisation des titres et des fonctions dans les textes écrits.
9. Pour l’élaboration d’une « charte des bonnes pratiques » à signer par les entreprises
Cette charte regrouperait, entre autres, des engagements sur les points 1 à 8, qui peuvent tous être mis en œuvre par les entreprises sans attendre une loi. Le suivi de cette charte serait réalisé par les agences de notation, au titre de la responsabilité sociale des entreprises. A terme, la loi pourrait moduler le montant de l’impôt sur les sociétés en fonction de leur notation sociale.
10. Pour une aide au développement du microcrédit
Nous proposons de lever les contraintes réglementaires qui bloquent de manière excessive l’exercice de petites activités économiques par les publics les plus éloignés de l’emploi et qui empêchent la création de dizaines de milliers d’emplois.
11. Pour l’instauration de la déclaration fiscale séparée pour chacun des membres du couple
La déclaration par foyer fiscal favorise le modèle « homme au travail – femme au foyer » et surtaxe le second revenu du couple. La France est une exception. Nous demandons, comme dans tous les pays d’Europe, des déclarations fiscales séparées pour les couples, mariés ou pacsés, afin que les revenus des épouses actives ne soient plus comptabilisés comme complément des revenus du mari.
12. Pour une allocation familiale dès le 1er enfant
L’arrivée du 1er enfant est celle qui engendre le surcoût le plus important pour une famille. Nous demandons que la France s’aligne avec la législation en vigueur dans la plupart des pays de l’Union européenne, qui offre cette allocation dès le premier enfant, sous conditions de ressources.

